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Compte-rendu : Pourquoi faudrait-il donner des droits aux animaux ?

Plus de 150 personnes ont participé à notre conférence « Pourquoi faudrait-il donner des droits aux animaux ? » du 4 février 2015 à l’Université Jean Moulin Lyon 3.

Vous trouverez ci-dessous des extraits, la vidéo-conférence intégrale ainsi que le compte rendu de Kevin Barralon, étudiant en droit-philosophie.

Voir la revue de presse

Extraits vidéos

Eric Baratay, historien spécialiste des relations entre l’Homme et l’animal. Il a notamment écrit « Le point de vue animal. Une autre version de l’histoire »

Éric Baratay - Souffrance des bêtes et droits des animaux from Elodie Ventura on Vimeo.

Lucille Boisseau-Sowinski, maître de conférences en droit privé à l’Université de Limoges et dont les thèmes de recherches sont le Droit animalier et le droit privé de l’environnement.

Lucille Boisseau-Sowinski - Souffrance des bêtes et droits des animaux from Elodie Ventura on Vimeo.

Sébastien Arsac, co-fondateur de l’association L214 qui s’intéresse aux conditions d’élevage, de transport, de pêche et d’abattage des animaux utilisés dans la consommation alimentaire.

Sébastien Arsac - Actualités et inactualités de la question du droit des animaux from Elodie Ventura on Vimeo.

Patrick Llored est professeur de philosophie. Il prépare un livre sur le sujet des droits des animaux.

Patrick Llored - Esclavage humain, esclavage animal from Elodie Ventura on Vimeo.

Vidéo-Conférence intégrale

Menu de la conférence intégrale (2h15) :
Actualités et inactualités de la question du droit des animaux par Thierry Gontier et Sébastien Arsac (à 8’50)
Souffrance des bêtes et droits des animaux par Éric Baratay et Lucille Boisseau-Sowinski (à 47’53)
Individualités des animaux et singularités humaines par Patrick Llored et Jerôme Michalon (à 1h22min35)

Vidéo-conférence "Pourquoi faudrait-il donner des droits aux animaux ?" - Sentience from Elodie Ventura on Vimeo.

Compte rendu de Kevin Barralon sur le Hufffington post.

ANIMAUX - Donner des droits aux animaux ? C’est l’une des grandes questions auxquelles notre société doit aujourd’hui faire face. En effet, pas une semaine ne passe sans que de nouveaux travaux en éthologie nous enseignent la complexité ainsi que la richesse de la vie mentale chez les animaux, pulvérisant peu à peu une barrière que la tradition philosophique a érigée entre l’homme et l’animal.

Cette question des droits des animaux, sinon du droit des animaux -celui, fondamental, ne pas être traité comme une ressource ou un objet quelconque- démontre bien le retard systématique qu’entretient le droit par rapport aux progrès scientifiques. La récente disposition adoptée il y a peu par l’Assemblée nationale concernant le caractère vivant et sensible de l’animal, tout en réaffirmant sa soumission au droit des biens, illustre de manière appropriée cette ambivalence morale dans laquelle notre société, aveugle aux alternatives éthiques qui nous sont offertes, s’est empêtrée.

C’est dans ce climat aporétique que s’est déroulée la conférence interdisciplinaire intitulée « Pourquoi faudrait-il donner des droits aux animaux ? » organisée à l’université Jean-Moulin Lyon III par les associations Sentience et Médiations philosophiques et qui a réuni philosophes, historien, juriste, sociologue et association militante devant une salle comblée.

La question des droits : de l’Antiquité à nos jours

La question de la nécessité d’accorder des droits aux animaux était tout à fait marginale dans les années 1980 prévient d’emblée le philosophe Thierry Gontier, voire inexistante durant l’Antiquité, puisque la notion de « droits subjectifs », telle que nous l’entendons aujourd’hui, n’existait tout simplement pas chez les Anciens. En effet, la philosophie antique voit majoritairement dans l’animal un être dépourvu de raison et de faculté réflexive, contrairement à l’homme. De ce fait, les épicuriens nous rappellent que les hommes ne peuvent établir de pacte avec les animaux. La question d’accorder ou non des droits politiques aux animaux ne se pose donc pas. Malgré la reconnaissance par Aristote de la sensation chez les animaux, ces derniers demeurent des moyens à la disposition des hommes. Toutefois, l’Antiquité voit poindre, quoique de manière marginale, des précurseurs de la cause animale dans des personnalités comme Plutarque ou Porphyre qui s’insurgeaient contre le déni des stoïciens d’admettre des devoirs envers les animaux.


Thierry Gontier (Photo © Dakota Langlois et Julie Cherki)

De nos jours, le débat sur la possibilité d’accorder des droits aux animaux « n’a jamais été aussi fort » selon les mots de Sébastien Arsac, co-fondateur de l’association de protection animale L214. Il existe néanmoins un profond paradoxe dans notre société entre la manière dont nous traitons les animaux, abattus par milliards chaque année pour la consommation, et la prise de conscience dans le milieu scientifique, indéniable, de la sensibilité chez les animaux. Ce problème de la sensibilité est central pour tenter d’appréhender la question des droits. Sébastien Arsac rappelle que la douleur chez l’enfant n’était pas une évidence jusqu’à peu, citant un article du professeur Annequin publié dans La Recherche. De la même manière, nous avons toujours tendance à minorer, malgré les avancées scientifiques, la sensibilité chez les animaux, sous prétexte qu’ils n’appartiennent pas à l’espèce humaine.


Sébastien Arsac (Photo © Dakota Langlois et Julie Cherki)

Il existe également ce préjugé tenace, véhiculé par des siècles de matraquage philosophique, que les animaux seraient dépourvus de conscience. La Déclaration de Cambridge sur la conscience signée en 2012, met un frein à cet a priori tenace, en affirmant que « les humains ne sont pas seuls à posséder les substrats neurologiques de la conscience », faisant référence aux animaux non-humains, en particulier « l’ensemble des mammifères et des oiseaux ainsi que de nombreuses autres espèces telles que les pieuvres » qui possèdent également « ces substrats neurologiques ». Malgré cela, le porte-parole de L214 relève que les impératifs biologiques des animaux sont peu pris en considération, les obligeant à « s’adapter aux conditions concentrationnaires » des élevages plutôt que le contraire.

Le droit à l’épreuve de la souffrance animale

Pour l’historien Éric Baratay, la question de la souffrance animale semble « primordiale » à notre époque. Ce qui n’a pas toujours été le cas dans le débat public. L’historien rappelle l’épisode de la loi du général Grammont votée à l’Assemblée nationale en 1850, visant à sanctionner les mauvais traitements exercés publiquement sur les animaux, qui a fait alors l’objet de nombreuses railleries de la part de certains députés. Aujourd’hui, et ce, depuis les années 1990, « on sait parler de la souffrance en termes scientifiques » grâce, notamment, aux progrès des neurosciences. Il ne s’agit plus d’anecdotes ou de suppositions : le problème de la souffrance animale est désormais pris au sérieux.


Éric Baratay (Photo © Dakota Langlois et Julie Cherki)


Lucille Boisseau-Sowinski (Photo © Dakota Langlois et Julie Cherki)

Et cette reconnaissance de la souffrance chez les animaux, désormais quasiment unanime dans le milieu scientifique, donne un argument supplémentaire, selon la juriste Lucille Boisseau-Sowinski, pour la reconnaissance de droits. Il y a, selon cette dernière, une doctrine majoritaire dans le milieu juridique qui refuse de reconnaître le caractère subjectif des droits des animaux. Ces droits existent pourtant bel et bien : l’animal fait l’objet d’une protection contre les mauvais traitements. Il ne s’agit donc pas de protéger un quelconque intérêt général mais bien de droits particuliers. Néanmoins, la loi semble plutôt contradictoire dans son objectif, rappelant que le Code pénal prévoit une amende pour sanctionner les actes de cruauté exercés sans nécessité sur les animaux. Mais de quelle nécessité parle-t-on ? La production de foie gras relève-t-elle, par exemple, de la nécessité ?

Des animaux, des individus

Le professeur de philosophie Patrick Llored, quant à lui, n’y va pas par quatre chemins : les animaux subissent les traitements d’une « société esclavagiste », se référant à la définition donnée par l’historien Olivier Grenouilleau dans son dernier ouvrage Qu’est-ce que l’esclavage ? Une histoire globale. Cet esclavage, invoqué par le spécialiste d’éthique animale, est translucide, car il se fond dans nos institutions. L’historien Éric Baratay admettra d’ailleurs plus tard, lors des questions-réponses, qu’il existe bien une « correspondance historique » entre l’esclavagisme et l’infériorisation des animaux. Selon Patrick Llored, le seul remède à cette injustice serait une abolition d’ordre politique. C’est par l’instauration de droits moraux que nous pourrons mettre fin à cette violence institutionnalisée. De ce fait, aborder la question des droits uniquement à travers le prisme de la sensibilité, conformément à la démarche de Peter Singer -philosophe utilitariste et auteur de La Libération animale- est une erreur. Une philosophie morale « fondée uniquement sur la nature biologique des animaux » n’a pas de sens. Il est nécessaire d’établir, en plus d’une égalité de considération, une égalité politique, par l’instauration de droits, qui passe inévitablement par la reconnaissance chez l’animal d’une individualité, d’une autonomie, etc.


Patrick Llored (Photo © Dakota Langlois et Julie Cherki)

S’il faut accorder des droits aux animaux, souligne le sociologue Jérôme Michalon, c’est parce qu’une majorité de citoyens le souhaitent. Donner des droits aux animaux interviendrait en réaction à la montée de ce qu’il nomme le « zoocentrisme » : une manière nouvelle de penser notre rapport aux animaux, fondée sur la bienveillance à leur égard ainsi que sur la reconnaissance d’une personnalité propre. D’après le sociologue, nous ne devons pas négliger le rôle des associations de protection animale, par rapport aux mouvements abolitionnistes, qui ont largement permis la valorisation de ce « zoocentrisme », se manifestant par une pacification progressive de nos rapports aux animaux.


Jérôme Michalon (Photo © Dakota Langlois et Julie Cherki)

Le constat fait l’unanimité pour l’ensemble des intervenants : la question des droits des animaux se pose légitimement et se révèle désormais comme incontournable. La juriste Lucille Boisseau-Sowinski observe que le droit est « suiviste » et qu’il s’accorde généralement avec l’opinion. Ce qui nous amènera certainement, dans les années à venir, vers l’abolition de cette summa divisio, distinguant les personnes et les choses, ne laissant actuellement pas de place spécifique aux animaux soumis au régime des biens corporels. La question n’est donc pas tant de savoir « pourquoi faudrait-il donner des droits animaux ? » que de savoir, comme le remarque Sébastien Arsac, « pourquoi refuse-t-on encore de leur donner des droits ? ».

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